Interview de Claude Garcia, Directeur Direction Santé Publique de Saint Etienne

Quel bilan tirez-vous de votre organisation près de 3 ans et demi après la première circulaire préfectorale sur le risque pandémie?
Le risque pandémie grippe aviaire 2006 a permis :
- De mettre en évidence un risque sanitaire jusqu’à lors peu traité.
- De marquer l’importance de partager l’information et clarifier le processus de décision, surtout sur un domaine peu connu et peu maîtrisé.
- D’identifier et distinguer des cibles : le personnel, les habitants et usagers.
- D’identifier des directions ressources : sécurité civile municipale (mise en œuvre du plan communal de sauvegarde) médecine et sécurité du travail (la protection du personnel) santé publique (information des habitants) commu-nication (communication en cas de crise) logistique (achat et gestion du matériel de protection) et identifier les partenaires.
- D’identifier un besoin : un plan de continuité de service définissant une organisation de la collectivité en «mode dégradé».
Quels sont les atouts de votre préparation ?
- Le plan de continuité est en phase de formalisation et d’appropriation.
- La conscience que «rien n’est achevé» est réelle, la mobilisation est forte.
- Le partenariat est toujours actif et réactif.
Une sensibilisation du personnel aux risques infectieux (informer pour dédramatiser et préparer au port du masque) et une information des agents sur le plan de continuité des services (préparer les agents à changer de mission en cas de pandémie, les responsabiliser) ont permis de préparer le personnel et de créer des outils d’information qui pourront être réutilisés si nécessaire (affichage, clip sur le port du masque, diaporama sur les risques infectieux et le plan de continuité) et de repérer des relais d’information (ex : ressources humaines, référents sécurité...).
L’information n’est pas acquise mais à répéter régulièrement sous des formes différentes pour que le personnel puisse se l’approprier.
Quelles sont les limites auxquelles vous avez dû faire face?
Notre plan de continuité d’activité est toujours en cours d’élaboration. Il n’est donc pas encore opérationnel.
L’organisation est à mettre en «ordre de marche ».
Ce type de dispositif nécessite aussi des moyens humains et techniques pour assurer une lourde gestion du stockage de matériel, le suivi des inventaires, la surveillance des dates de péremption.
Nous avons la maîtrise des actions municipales, mais la coordination et la synchronisation avec celles du département et des services de l’État nous échappe.
En situation réelle, il faudra bien collaborer.
L’actualité brûlante des dernières semaines a t-elle impacté votre prépa-ration ou organisation ?
Les liens entre les directions se sont alors mis en place : les réponses à « qui fait quoi », l’état de disponibilité du matériel, l’organisation du suivi de l’alerte a été réactualisé sans difficulté majeure.
La « sensibilisation générale » des élus, de l’encadrement et des agents municipaux, voire même de la population, s’est trouvée facilitée.

Interview de Vincent Balouet, Directeur Associé chez SDE consulting
? Quel bilan tirez-vous après les premières circulaires sur le risque pandémie?
Très mitigé. Il y a eu un phénomène d’accélération en avril quand l’OMS a lan-cé son message d‘alerte sur la présence d’un nouveau virus de grippe adapté à l’homme mais qui n’a touché que le monde de la santé. Dans les entreprises, seules les grandes, notamment les opérateurs d’infrastructures vitales ont vraiment bien travaillé et bien compris le risque. Dès que l’on quitte Paris, le niveau de sensibilisation devient véritablement préoccupant. Une accélération a eu lieu début juillet quand la circulaire de la DGT du 3 juillet a été diffusée, mais seules les entreprises qui effectuent un niveau minimum de veille l’on vu. L’immense majorité des PME n’a pas bougé et il n’y a, à ce jour, plus de masques disponibles. Nous avons la chance d’être confronté à un virus très contagieux mais très peu virulent. Autrement dit, il est vraisemblable que les masques ne seront pas, du moins dans un premier temps, un enjeu de survie. Tant mieux.
Quels sont les points forts et faibles de l’organisation de nos entreprises face à cette menace sanitaire ?
Le principal point fort de la situation est que nous sommes dans un pays riche, moderne, où la santé publique est bien
pilotée. La Dilga* a bien fait son travail de préparation du système de soin, je pense que nous avons raison d’être rassurés. En revanche, la communication du gouvernement vers les entreprises reste très faible. Il découle de cette situation que le niveau de préparation est très hétérogène. Le risque est donc de générer des difficultés de continuité (fournisseurs critiques) ou des problèmes de place. Si le virus devait devenir plus sérieux, aucune place n’est à l’abri de phénomènes de déstabilisation, y compris le secteur financier. Le principal point faible est la gestion de la crise dans le temps. S’il n’y qu’une vague d’un virus peu virulent (situation actuelle), alors, la crise se passera sans nul doute de façon satisfaisante. Si nous avons plusieurs vagues, et que les masques sont distribués lors de la première vague alors qu’ils ne constituent pas dans l’opinion un dispositif de survie, nous devrons affronter les vagues suivantes sans ces équipements. Les conséquences notamment sociales pourraient alors être sérieuses.
Ces dernières semaines, quels sont les points prioritaires qu’une entreprise doit prendre en compte ?
La veille. Le chef d’entreprise ne peut pas, au risque d’être moins informé que ses représentants du personnel, rester sans informations. Les points clé sont certainement l’apparition de cas groupés dramatiques à proximité (groupes d’enfants victimes dont plusieurs décès), la distribution massive de masques par les pouvoirs publics et les entreprises équipées, qui sera semble t-il coordonnée, donc visible, et l’éventuelle perception de la saturation du système de soin. A cet instant les salariés seront très inquiets. La réponse de l’entreprise devra être adaptée et il s’agira de montrer qu’il n’existe pas de risque spécifique dans l’entreprise (mesures arrières, PCA, télétravail etc..) ni au plan sanitaire ni au plan économique.
*Délégation Interminitérielle à la Lutte contre la Grippe Aviaire |